Technologies propres

Introduction

 

  1. Dans l'approche traditionnelle des problèmes d'environnement, on oppose les technologies "polluantes" aux technologies "propres" ou "vertes". Cette position n'est pas de mise dans la mesure où ce sont toutes les technologies qui doivent tendre à devenir plus propres, en optimisant les flux de matière et d'énergie, même celles qui dépolluent en aval.

  2. Toutefois, chaque secteur conserve la possibilité de réduire ses appétits de matière et d'énergie.

    A titre d'exemple, l'inversion des trajectoires technologiques d'un secteur comme la chimie peut intervenir de façons différentes:

    • En améliorant les rendements globaux, notamment en réduisant le nombre d'étapes dans le processus,
    • En réduisant la demande totale de produits chimiques, car la plupart des substances de l'industrie chimique sont inévitablement utilisées de manière dissipative. C'est notamment vrai pour les solvants.
    • En utilisant les déchets, par exemple en régénérant des solvants ou de l'acide sulfurique.

      2.1.  Les biotechnologies permettraient de fabriquer de l'énergie, au lieu de devoir l'extraire. Elles  produiraient de l'hydrogène au départ de la biomasse ou des vieux papiers mis au rebut.


      2.2.  La nanotechnologie  permet d'envisager la fabrication d'objets par addition des atomes et des molécules voulus, ce qui élimine les déchets d'extraction, de production et de fabrication.

  3. Réduire les impacts négatifs sur l'environnement, cela signifie aussi que les choix stratégiques ne doivent pas porter simplement sur des technologies considérées isolément, mais ils interviennent à l'échelle des grands systèmes technologiques: modes de transport, réseaux de distribution d'énergie, urbanisme, réseau routier, aménagement du territoire, afin de réduire les flux de matière et d'énergie.

  4. Plus globalement, cette approche suppose une réflexion sur l'évolution à long terme du système industriel.

 

 

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Interview

Interview tirée de La Lettre de Prométhée (1998)

1. Technologies propres -  J.F. RIVEZ

 

Interview de  Jean-François. RIVEZ, Dr-Ir, Responsable de la Cellule " Technologies Propres", Direction Générale des Ressources Naturelles et de l'Environnement de la Région Wallonne.

                                                                                    

 

Question: Que faut-il entendre par technologies propres?

 

Réponse: Cela correspond à une certaine conception évolutive que l'on a en matière de prévention. Les premières définitions en donnaient une vision technocratique, mais c'est d'abord toute technologie qui consiste à réduire les émissions polluantes à la source, en ce compris les déchets. C'est en quelque sorte la définition qui a été adoptée dans le cadre du Plan Wallon des Déchets 1991-1995.

 

En fait, les technologies évoluent dans le temps et dans l'espace. Elles ne sont pas figées. Personnellement, je préfère adopter la définition d'un rapport de la Commission Européenne[1] qui consiste à dire que les technologies propres, c'est une démarche conceptuelle méthodologique de changement dans l'entreprise par l'adoption effectivement de technologies plus propres et ce, de façon beaucoup plus vaste, depuis les entrées de matières premières dans le procédé jusqu'à la production, la commercialisation et l'élimination des déchets en tenant compte de l'ensemble des facteurs environnementaux.

 

Mais l'entreprise a tout un chemin à parcourir avant d'arriver à penser "technologies propres". Ce n'est pas quelque chose que l'on fait du jour au lendemain parce qu'on l'a décidé.

 

La première question que je pose quand je m'adresse aux industriels, c'est de leur dire: êtes-vous capables de me sortir dans un délai de 30 secondes votre permis d'exploiter, votre autorisation des eaux usées ou vos dernières analyses en matière d'air ou en matière d'eau? Si oui, c'est très bien. Si ce n'est pas le cas, il y a quelque chose qui n'est pas correct.

 

Deuxième étape: y a-t-il des petites choses qui peuvent être faites dans l'entreprise en liaison avec ces permis? Une chose est d'avoir son permis, une deuxième est de respecter son contenu, et ce, de façon permanente. A ce moment, on ne parle pas encore de technologies propres.

 

La troisième étape consiste à se demander: que faire pour améliorer l'entreprise par des petits investissements qui ne coûtent pas cher mais qui peuvent rapporter pas mal de bénéfices pour l'environnement? Par exemple: fermeture des robinets, des vannes, étanchéité des raccords, fermeture des pots de produits. Ce sont des petites économies. A ce stade, on n'est pas encore au cœur de l'activité de l'entreprise.

 

La quatrième étape consiste à dire: comment aller encore plus loin dans mon entreprise? : par exemple en travaillant en circuit fermé des eaux, en triant mieux les déchets, en récupérant des sous-produits qui peuvent être réintroduits dans le procédé, etc.

 

Et puis seulement, en dernière étape, on pense technologies propres ou produits propres, où là, on change le procédé de fabrication, ce qui nécessite peut-être des investissements conséquents. Cela peut se produire en fin de durée de vie d'un outil. Il convient alors de tenir compte de critères économiques, sociaux et autres mais aussi de critères environnementaux.

 

Je préfère donc parler de démarche technologies propres, parce que cela fait référence à des changements de conception dans l'activité de l'entreprise plutôt qu'à une liste de technologies, car cela implique une évolution dans le temps et pour laquelle l'entreprise n'est peut-être pas prête à s'investir du jour au lendemain pour des raisons financières. Il s'agit donc bien souvent d'améliorer le procédé de l'entreprise. Mais lorsque un nouveau produit se conçoit, il est plus facile de le concevoir en minimisant au maximum l'impact qu'il aura sur l'environnement: par exemple envisager un démontage aisé des véhicules, plutôt que l'aplatissement pour la casse.

 

Est-ce difficile à mettre en place?

 

Jusqu'à présent les entreprises ont réagi davantage en soignant leurs procédés de fabrication (par ex. en mettant une station d'épuration en cas de problème d'eau, ce qui nécessite simplement un cahier des charges et une commande) sans toucher au cœur du procédé. Un tel changement implique des concertations multiples: avec le responsable des achats, le responsable de la production, le service R&D, le responsable marketing etc. C'est donc une démarche qui implique non seulement un consensus, mais aussi une attitude environnementalement correcte qui n'est pas innée dans chaque entreprise. Certaines attendront de se le voir imposer avant de bouger.

 

Y a-t-il eu un facteur déclenchant?

 

La prise de conscience a été multiple. Il y a eu la réglementation, les directives européennes, les arrêtés, les décrets, etc. Mais ces réglementations proviennent de prises de conscience ou de constats qui ont été faits ailleurs, que ce soit par le monde associatif, les organisations non gouvernementales actives dans le domaine de l'environnement ou le monde scientifique. Cela n'exclut pas l'initiative d'un industriel qui a sa propre vision des choses.

 

Quels sont les secteurs visés?

 

Tous, sans exception. Mais cette réponse est ambiguë. Par exemple : mettre en place un système d'épuration des gaz provenant d'une décharge, est-ce une technologie propre? Personnellement, je ne le crois pas, dans la mesure où la définition de la prévention consiste à réduire les nuisances à la source. Une fois que le déchet est produit et qu'il faut le gérer, c'est trop tard. On n'est plus dans une logique de prévention au sens noble du terme, on est dans une logique de gestion des déchets. Mais il est vrai aussi qu'épurer les gaz sortant d'une décharge et utiliser ce biogaz représente un "plus". C'est un moindre mal. Le risque est mieux géré. Il faut donc viser les secteurs ou entreprises qui fabriquent un produit et non un secteur qui gère un héritage.

 

Où se situe la Wallonie par rapport à la Flandre et au reste de l'Europe?

 

Il ne faut pas attendre de voir ce qui se passe ailleurs pour adopter les changements. C'est à nous de voir le type de problème que nous avons et d'adopter la meilleure façon de le résoudre. Dire que nous sommes en retard ou en avance sur tel ou tel pays n'a pas beaucoup de sens. La Région wallonne a une série de mécanismes qui permettent d'aider les entreprises à adopter des technologies plus propres et de les placer dans une logique de prévention: aides à l'investissement, aides à la recherche, aides à l'emploi, aides à la consultance, interventions avec des universités etc., et on retrouve les mêmes outils au niveau européen.

 

Peut-on tirer un premier bilan ?

 

On parle des technologies propres depuis le 1er Plan Wallon des Déchets qui prévoyait la création d'une cellule Technologies Propres. Elle a été créée le 1er juillet 1992. Ensuite est venue la cellule Produits Propres en juin 1993. Avant ces dates là, peu de choses existaient. Depuis lors, le nombre d'interventions a apporté des changements. Mais c'est un travail de longue haleine. On ne peut pas demander à la matière environnementale d'évoluer aussi vite que la matière fiscale ou la matière sociale. 150 ans nous séparent de la révolution industrielle! On ne peut pas tout régler en 10 ou 20 ans. De plus, la Wallonie a un territoire exigu par rapport à sa population; le tissu industriel est ce qu'il est; on n'est pas le Canada ou les Etats Unis. Donc cela implique un consensus. Ici, c'est tout l'aspect relationnel qui intervient. C'est ainsi que l'opération que nous avons lancée "les Conseillers en Environnement" avec l'Union Wallonne des Entreprises est une façon d'aborder la prise en compte de l'environnement en sensibilisant les responsables des entreprises.

 

Il y a un autre volet, celui qui se fait par le monde syndical. C'est le projet RISE (Réseau Intersyndical de Sensibilisation à l'Environnement). Là, nous essayons de travailler avec les syndicats et les travailleurs pour les sensibiliser à la prévention.

 

Troisième aspect, c'est tout ce qui touche les riverains d'une entreprise : associations, communes etc. C'est un travail que nous faisons en collaboration avec Inter-Environnement WALLONIE afin d'améliorer le dialogue entre les entreprises et le voisinage. Il y a aussi tout le travail avec les écoles et l'association COREN. C'est donc un changement de comportement et de mentalité qui est visé. Cette approche relationnelle est aussi, à la limite, une autre façon de développer la l'éco-civisme.

 

Quel chemin reste-t-il à faire?

 

La réalité industrielle est encore assez éloignée de ces outils souvent conçus en bureaux, que sont les produits propres, les éco-bilans, les rapports environnementaux, la comptabilité environnementale, les indicateurs environnementaux, ISO 14000 et EMAS. Il reste donc du travail pour pas mal d'années. Tous ces outils doivent être utilisés de plus en plus souvent pour arriver à développer des produits qui soient compatibles avec l'environnement.

 

J'y ajoute un élément, en ce qui me concerne: ces produits doivent être beaux. J'estime qu'un produit qui est beau, tout en étant environnementalement compatible, cela peut être très agréable. Le chemin est encore long, mais tout le monde met en avant la prévention, c'est bien la preuve que cela reste une des priorités, à terme. Donc, j'espère qu'elle va continuer à se développer.


[1] Brigitte B. NIELSEN et al, Commission of the European Union Directorate General for Environment, Nuclear Safety and Civil Protection (DGXI): Waste Management: Clean Technologies – Up-date on Situation in Member States, June 1994, Contr. Ref.: B4-3040/014125/92; p.2

 

 

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Les énergies renouvelables


(en construction)

 

 

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Les nouveaux produits


(en construction)

 

 

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Quelques technologies d'avenir


(en construction)

 

 

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